Existe-t-il des enfants vraiment méchants ? Territoire de Belfort

«Vous n’allez quand même pas me dire qu’il n’est pas foncièrement méchant, ce gamin ! Vous avez vu ce qu’il a fait à mon fils ? » Les déclarations de ce genre, les professionnels de l’enfance – enseignants ou « soignants » – les connaissent bien. Elles traduisent l’indignation que les adultes éprouvent devant les comportements de certains enfants. Mais elles manifestent aussi leur croyance en une cruauté qui serait chez eux particulièrement développée et, surtout, innée. Croyance d’autant plus forte (et qui souffre d’autant moins la contestation) que les actes commis sont plus horribles. « Les deux enfants de Liverpool qui ont assassiné un petit de 2 ans, vous allez peut-être nous dire aussi qu’ils sont normaux, ceux-là ? » « Normaux » ? Non. Mais « nés assassins », sûrement pas !

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Car nul ne naît doux ou cruel, défenseur des faibles ou meurtrier patenté. Aucun enfant ne naît « méchant ». Mais aucun ne naît non plus civilisé. Car tous ont, au début de leur vie, un fonctionnement psychique qui est à mille lieues des règles de la vie en société. 

On ne naît pas civilisé, on le devient

Tout enfant petit est en effet habité par le pulsionnel. Il a envie d’une chose, il la prend. Il a envie de frapper, il frappe. Et il ne peut, seul, résister à ses impulsions, car le besoin de les satisfaire est chez lui irrépressible. Cette dépendance au pulsionnel est d’autant plus déterminante que l’enfant est également dominé par ce que Freud nomme le « principe de plaisir » (son seul but est d’obtenir, le plus vite possible, le plus de plaisir possible). Et qu’il est empreint d’un sentiment aigu de sa toute-puissance : il se considère comme le centre et le maître du monde. Il n’a donc, sans l’aide des adultes, aucune possibilité d’évoluer. Comment peuvent-ils l’aider ? En l’éduquant. Travail pour eux des plus ardus car, loin de se limiter à de ponctuelles leçons de morale, il suppose une vigilance de tous les instants.

Une question d’éducation

Il s’agit en effet de lui apprendre, au fil de la vie quotidienne, les règles de la vie civilisée qu’il ignore et ne peut découvrir seul. Chez les humains, on peut tout penser et tout dire, mais on ne peut pas tout faire. On ne peut pas agresser les autres, les faire souffrir, et encore moins les tuer. On ne règle donc pas ses différends à coups de poing, mais en parlant… On n’a pas le droit de porter atteinte à leurs biens. Leur prendre leurs jouets est interdit, même si on les convoite.

Et la sexualité est soumise à des règles. Elle est interdite entre adultes et enfants et entre membres de la même famille. Et elle ne peut exister qu’entre partenaires consentants. Pas question donc de se mettre à trois pour entraîner la petite Sophie dans les toilettes et lui baisser sa culotte…

Mais le travail des parents ne se limite pas à enseigner à leur enfant les règles. Ils doivent, une fois qu’il les connaît, lui imposer de les respecter et le sanctionner s’il les transgresse. Et il leur faut se montrer fermes, même si la transgression leur paraît anodine, ce qui est souvent le cas quand l’enfant est petit. « Il a encore volé, c’est vrai. Mais ce n’était qu’un paquet de chewing-gums… » La gravité d’une transgression, en effet, ne se mesure jamais à l’importance de l’objet sur lequel elle porte. Car elle est toujours pour l’enfant un moyen – inconscient – de vérifier si la limite posée par l’adulte est vraiment aussi importante qu’il le lui a dit. Si celui-ci le punit, il confirme ses dires. S’il ne fait rien, il les désavoue. Et son attitude est alors d’autant plus grave qu’elle met en question pour l’enfant la valeur même de la parole. Si on peut dire une chose et faire son contraire, quel sens ont les mots ?

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